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Psycho

L’explosion des troubles mentaux juvéniles en France, symptôme d’une société post-pandémique

MAL-ÊTRE

Chez les enfants, la consommation de médicaments dits psychotropes a doublé en dix ans.
Chez les enfants, la consommation de médicaments dits psychotropes a doublé en dix ans. © iStockphoto, uchar

Une étude avancée par le Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge tire la sonnette d’alarme : la consommation chez les enfants de médicaments psychotropes comme les antidépresseurs a doublé en dix ans. Faut-il y lire le signe d’une société plus anxieuse ou une dramatisation des troubles psychiques ? France 24 est allé à la rencontre de ces jeunes, de leurs parents, de psychologues, psychiatres et autres spécialistes des souffrances juvéniles.

« T’as vu comme t’es grosse ? » Aux grincements métalliques de la balançoire se mêlent les moqueries d’un jeune garçon. « En cet été 2021, dans cette petite ville d’Isère, ce n’étaient là que de simples mots », se rappelle Nina, 15 ans. Mais il existe des paroles plus dangereuses que les coups. Quelques jours plus tard, elle commence à sauter la plupart des repas. L’anorexie prend alors le contrôle de sa vie. « J’en pouvais tellement plus d’être moi, que j’avais envie de ne plus exister », confie Nina. Une trentaine de fois, l’adolescente a tenté de mettre fin à ses jours. La violence de son récit tranche avec ses traits enfantins.

Désormais déscolarisée après plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, Nina est sous antidépresseurs. Comme toujours plus de jeunes, selon les chiffres récemment avancés par le Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) : chez les enfants, la consommation de médicaments dits psychotropes a doublé en dix ans. Parmi ces médicaments, les antidépresseurs, dont les prescriptions ont augmenté de 62 % entre 2014 et 2021.

« Ce constat est juste », confirme Thierry Delcourt, pédopsychiatre. Comme ses confrères, ce spécialiste des troubles infantiles essaie de prescrire aussi rarement que possible. Mais les prescriptions de psychotropes sont essentiellement signées par des médecins généralistes. « Ceux-ci sont encouragés par l’industrie pharmaceutique », avance le psychiatre. Le mot d’ordre de Big Pharma ne diffère pas de celui des autres industries, résume Thierry Delcourt : il faut vendre.

Née aux États-Unis, cette dérive associe immédiatement le moindre trouble de l’attention ou autre comportement disruptif à une pathologie psychique. Et face à ces maladies supposées, on propose un remède chimique, explique le psychiatre.

Ainsi « décomplexées », les prescriptions de psychotropes ne sauraient donc être appréhendées comme un indicateur de la prévalence des troubles, prévient Xavier Briffault, chercheur en sciences sociales et philosophie de la santé au CNRS. Pour lui, c’est là un lien de causalité fallacieux, avancé par les tenants de la prescription à tout-va : « Les enfants souffrent, nous leur prescrivons le remède. » On dramatise et on « médicamentise » avant même d’écouter, renchérit le psychiatre Thierry Delcourt.

Mais cette dramatisation n’enlève aucune réalité au drame, explique-t-il : « Je reçois entre dix et quinze demandes de rendez-vous pédopsychiatriques par jour. » Débordé, comme tous ses confrères, ce spécialiste des troubles infantiles n’est en mesure de répondre qu’à une ou deux requêtes par jour.

Les stigmates du Covid-19

« Pire : pour cette majorité de cas où il n’est pas médicalement justifiable, le réflexe médicamenteux va empirer le mal qu’il est supposé combattre », s’alarme Thierry Delcourt. Sur la route de leur développement individuel, enfants ou adolescents peuvent naturellement rencontrer des difficultés, et celles-ci correspondent à des étapes, explique le médecin. « Lorsqu’on permet à un jeune de comprendre la nature de son anxiété, il la surmonte, car comprendre, c’est guérir. En gommant les symptômes d’un mal-être, les psychotropes aident réellement, mais ne guérissent jamais », conclut l’auteur de « La Fabrique des enfants anormaux » (éd. Max Milo).

Ces troubles psychiques individuels constituent une nouvelle réalité sociétale, s’inquiète Xavier Briffault. Pour lui, la prévalence des troubles mentaux chez les moins de 25 ans observée lors de la période pandémique est « inédite dans l’histoire de l’humanité ».

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